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DARFOUR ! (Actions present) posté le mercredi 16 janvier 2008 06:54

Par Eric REEVES.

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L’ONU NE DOIT PAS RENONCER À L’ENVOI DE TROUPES AU DARFOUR !

La semaine dernière Jean-Marie Guéhenno, secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de maintien de la paix, a évoqué la perspective effrayante que le projet d’envoi de forces de maintien de la paix au Darfour avorte, pour cause d’obstruction de la part du régime de Khartoum. Guéhenno a déclaré qu’à cause des actions de Khartoum, le moment allait vite venir où les membres du Conseil de sécurité de l’ONU devront se poser une question critique : « Allons-nous procéder au déploiement d’une force qui ne changera rien à la situation, qui n’aura pas la capacité de se défendre, avec le risque d’une humiliation pour le Conseil de sécurité et pour l’ONU et d’un échec tragique pour les gens du Darfour ? »
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La réponse est contenue dans la question, évidemment. En privé, Guéhenno et d’autres hauts responsables de l’ONU font un tableau encore plus sombre d’une mission qui s’est déjà largement effondrée et qui est très en deçà des exigences d’un déploiement.
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Il est certain que la mission « hybride » Nations unies-Union africaine au Darfour (MINUAD), qui est sans précédent, a été grandement compromise par le refus, de la part des nations qui en avaient la capacité militaire, de fournir la vingtaine d’hélicoptères tactiques ou de transport nécessaires, au minimum, aux opérations de sécurité et de protection au Darfour. Pas un seul pays de l’OTAN n’a offert ne serait-ce qu’un hélicoptère. Ce qui, hélas, ne donne que trop la mesure exacte du degré de préoccupation pour le Darfour de ceux-là mêmes dont les discours ont été les plus excessifs. Mais c’est l’obstination effrontée du régime de Khartoum qui a créé la très grave menace que les habitants du Darfour soient laissés sans la moindre protection, et que les opérations humanitaires soient amenées à être suspendues dans toute la région. L’ONU estime qu’en ce moment, 4,2 millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire.
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Naturellement, l’obstination de Khartoum est manifeste depuis longtemps. Quatre mois après que le Conseil de Sécurité a autorisé l’actuelle opération de soutien à la paix au Darfour par la résolution 1769, et quinze mois après une résolution précédente votée par le Conseil de sécurité autorisant une opération similaire, Khartoum continue à faire obstruction à la liste des pays censés fournir des militaires, des policiers, des équipes d’ingénieurs et des unités médicales que l’ONU/UA a proposée. Khartoum refuse d’accorder le droit d’atterrir à des avions gros porteurs ou l’autorisation d’effectuer des vols de nuit (essentiels aussi bien pour la protection des civils que pour les évacuations sanitaires). Il refuse d’accorder un accès adapté à Port Soudan ou le déchargement accéléré d’équipements dans ce même lieu. Et il refuse d’accorder des droits sur la terre et l’eau dans la région aride du Darfour.
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Quelle seront les conséquences d’une décision onusienne de faire avorter la MINUAD ?

Une catastrophe absolue. La mission envoyée par l’Union africaine au Darfour, excessivement faible, sous-équipée en hommes et en ressources, va s’effondrer totalement. Actuellement cette force très démoralisée fonctionne à peine et essaie simplement de tenir jusqu’au 31 décembre 2007, date à laquelle elle est censée être incorporée dans la MINUAD sous les auspices de l’ONU. Mais compte tenu de l’obstruction systématique de Khartoum, ce transfert sera au mieux symbolique : il y aura peut-être les auspices de l’ONU mais aucun déploiement important de troupes ou de ressources de l’ONU. Et dès qu’il sera évident qu’aucune MINUAD significative ne se déploiera, les nations africaines retireront rapidement leurs troupes qui ont déjà subi un nombre inadmissible de pertes.

De ce fait il ne restera plus aucune force de protection pour les civils ou pour les humanitaires.
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En janvier dernier, les organisations humanitaires ont dit clairement qu’elles avaient atteint l’extrême limite tolérable de l’insécurité. Une lettre ouverte a été envoyée par un groupes de six ONG respectées. Une autre lettre ouverte a été adressée par la totalité des 14 organisations humanitaires en opération au Darfour, y compris l’Unicef et le Programme alimentaire mondial. Aucune opération humanitaire montée par l’ONU n’avait auparavant publié un avertissement aussi clair et public d’un effondrement imminent. Ces organisations ont tenu bon dans l’espoir que l’ONU finirait par leur fournir une protection ainsi qu’aux civils au service desquels elles se sont mises si courageusement. Si leurs espérances sont déçues, elles partiront, et une situation déjà insupportable va rapidement dégénérer en anarchie.
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Sans une présence internationale – assurée par l’ONU, l’UA ou par des organisations d’aide internationales – il n’y aura plus rien pour exercer une contrainte sur Khartoum ou les rebelles ou les divers éléments armés et les bandits qui contribuent tellement à l’insécurité actuelle. Les confrontations entre les forces armées de Khartoum, y compris ses alliées les milices janjawids, et les camps pour personnes déplacées, vont vraisemblablement connaître une escalade et risquent de se transformer en batailles rangées. Khartoum est susceptible d’utiliser ses bombardiers Antonov et ses hélicoptères de combat au cours de telles batailles, ce qui signifie à coup sûr un nombre de pertes civiles hors de toute proportion à l’intérieur et aux alentours des 200 camps.
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Il est intolérable que la communauté internationale semble prête à accepter une destruction humaine cataclysmique. Il est incontestable que la MINUAD est mal conçue, a une structure de commandement et de contrôle ambiguë, et dépend trop de nations africaines incapables de fournir un nombre adéquat de soldats et de policiers bien équipés et autonomes conformes aux standards de l’ONU. La nature hybride de la mission était elle-même une concession mal calculée faite à Khartoum, dans le sillage de son refus de respecter la précédente résolution de l’ONU autorisant l’usage de la force au Darfour, la résolution 1706 du 31 août 2006.
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Mais la MINUAD est aujourd’hui la seule flèche restant dans le carquois : il n’y a aucune autre force à l’horizon, aucun autre moyen de protéger les civils et les humanitaires. Si les nations de l’OTAN ne sont pas préparées à fournir les 24 hélicoptères dont a besoin la mission de l’ONU, il n’y a guère de chance qu’elles participent à une quelconque intervention non consensuelle au Darfour ou qu’elle fournissent du matériel, intervention qui dans tous les cas sera une entreprise logistique et militaire d’une difficulté cauchemardesque.
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Il faut que la MINUAD réussisse. Sinon, la seule question qui se posera sera de savoir combien de temps il restera avant que le Darfour glisse vers une destruction cataclysmique, sans aucun moyen d’arrêter la glissade. C’est la le choix difficile qui se présente à la communauté internationale : est-elle prête à voir la MINUAD échouer, ou va-t-elle rassembler ses ressources et exercer une pression sur Khartoum, deux conditions capitales pour le succès de la MINUAD ?
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Le secrétaire général et le secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de maintien de la paix devraient envoyer des lettres ouvertes individuelles à toutes les nations du monde ayant une capacité militaire, demandant pourquoi elles ne fournissent pas au moins l’un des hélicoptères nécessaires. Les opinions publiques devraient adresser des demandes explicites à leurs gouvernements, surtout ceux des pays qui possèdent une quantité suffisante d’équipements comme ces indispensables hélicoptères : les USA, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Afrique du Sud et l’Inde.
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Mais encore une fois, le plus grand problème, et donc la tâche la plus importante, c’est d’exercer des pressions suffisantes sur Khartoum pour mettre fin à ses pratiques d’obstruction. A cet égard, c’est la Chine qui est l’acteur clé, étant largement reconnue

y compris au sein des départements politiques de l’ONUcomme ayant une influence sans pareille sur le régime du Front national islamique (Parti national du Congrès). La Chine est la seule parmi les grandes puissances qui puisse demander à Khartoum (même si cela se passe, à n’en pas douter, à huis clos), que cesse la vaste campagne destinée à mettre la MINUAD au point mort et au bout du compte à l’éviscérer. Et pourtant, un haut responsable bien placé de l’ONU m’a récemment dit qu’il y avait consensus dans l’institution internationale pour considérer que l’appui de la Chine à l’intransigeance de Khartoum n’avait pas diminué mais s’était au contraire accru. A la suite d’une campagne de relations publiques brève mais apparemment fructueuse, Pékin a à l’évidence décidé qu’il peut reprendre son soutien sans réserve apporté à toutes les décisions prises par le régime du FNI, quelles qu’en soient les conséquences pour la population du Darfour.
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Ou bien cela change, ou il n’y a aucune chance que Khartoum soit ébranlé par d’autres acteurs. Ceci, à son tour, oblige des nations comme l’Allemagne, la France, les USA et le Royaume-Uni à utiliser l’influence considérable dont elles disposent et qui découle des relations bilatérales que chacune entretient avec Pékin, en vue de pousser la Chine à agir. Actuellement, ces quatre puissances occidentales majeures ont relégué le Darfour au troisième et même au quatrième plan dans leurs relations bilatérales. La France et l’Allemagne semblent plus préoccupées par les relations commerciales avec la Chine que par le Darfour, malgré les discours fermes d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy. Le Royaume-Uni sous le gouvernement de Gordon Brown semble aller à la dérive après des années de discours creux de la part du gouvernement Blair. Et les USA placent Taiwan, la Corée du Nord, l’Iran, le commerce et le terrorisme internationale loin, très loin devant la moindre préoccupation concernant le Darfour. Là encore, la société civile doit jouer un rôle clé en demandant que la Chine, rendue vulnérable par les Jeux olympiques de 2008, soit très vivement encouragée à faire usage de sa grande influence sur Khartoum pour changer le comportement du régime.
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On en est loin. Mais la protection de la population du Darfour devient une chose chaque jour plus improbable, et nous sommes à un moment de bascule. Le mot d’ordre essentiel, c’est « urgence » : il nous reste seulement quelques jours ou quelques semaines avant de laisser se déclencher des événements qui verront des centaines et des centaines de milliers de gens mourir.

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